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Vintagemania – Chronographes de collection : éloge de la diversité

Les chronographes des années 50 et 60 sont aujourd’hui parmi les montres les plus recherchées par les collectionneurs.

Par Joël Pynson
Contributeur
Par Sébastien Chaulmontet
Contributeur

En tête, les Omega Speedmaster, Breitling Navitimer, Rolex Daytona et autre Heuer Carrera, font l’objet d’une quête effrénée et d’une intense spéculation. L’histoire du chronographe suisse ne se limite pourtant pas à ces quelques modèles : elle est au contraire d’une surprenante diversité pour peu qu’on ait la curiosité de s’y intéresser.

Heuer Carrera Chronograph Ref. 1158

Le chronographe « vintage » a tout pour plaire aux amateurs de montres anciennes : un design fort, un look autant technique que statutaire, et des dimensions souvent confortables très en vogue de nos jours. Si on y ajoute qu’ayant été fabriqué en grande quantité sur la base de mouvements standardisés il est facilement réparable, on a alors la recette d’un succès désormais planétaire. Les fabricants de chronographes toujours en activité aujourd’hui l’ont bien compris, et puisent à l’envie dans leurs archives pour ressusciter avec plus ou moins de bonheur des modèles qui ont fait leurs beaux jours. 

Mido Multi-Centerchrono

Les nouvelles voies de la connaissance

Au 21e siècle, la quantité d’informations disponibles à tout humain disposant d’un clavier connecté est proche de l’incommensurable. Mais il s’agit d’une information horizontale où prime la redondance : les informations, souvent formatées par des services marketing affutés, sont reprises de sites en site, de blogs en blogs, et des erreurs grossières, ou de petits arrangements avec l’histoire, deviennent vérités intangibles car solidement ancrées dans les réseaux sociaux, à défaut d’être neuronaux, ceci étant dit pour enfoncer le cloud. Cette réverbération médiatique ne profite de plus qu’à quelques marques « élues » et que très rarement aux marques défuntes, faute de lobbyistes actifs.

Rolex Daytona Paul Newman Ref. 6263 Lemon dial

Dans cet océan horizontal, des amateurs éclairés ont créé des puits de connaissance. Ce sont les sites experts, ultra-spécialisés dans une marque, voir un seul modèle d’une seule marque. Un travail de bénédictin, pour paraphraser Marco Richon évoquant les différentes versions de l’Omega Speedmaster, qui permet de recenser des centaines de variantes de cadrans, d’aiguilles, de lunettes, de boîtes et de bracelets. L’information est riche, vérifiée, recoupée et confrontée à de multiples sources. L’amateur y trouve son bonheur, au prix toutefois d’une vision forcément limitée de l’univers horloger. Et d’un risque inattendu…

Movado Chronograph

De l’hyperspécialisation à l’hyperspéculation

Pour peu qu’un modèle de montres, et de chronographes en particulier, ait été produit en grande quantité, ce qui est le cas du quatuor Navitimer, Daytona, Carrera, Speedmaster, l’existence de nombreuses variantes implique la rareté de certaines d’entre-elles. Certains pratiquent alors  l’apologie de la petite différence pour justifier des prix exorbitants pour des modèles en-soi identiques, à quelques détails près. Cette hyperspécialisation a aussi engendré une envolée générale des prix. Ces chronographes « mythiques » ont ainsi quitté le monde des « petits » collectionneurs pour devenir objets de spéculation, avec son côté sombre : la contrefaçon. Alors qu’il y a une vingtaine d’années on pouvait encore acheter en toute confiance un chronographe ancien, ce temps de l’insouciance est aujourd’hui malheureusement résolu. Il est à présent fortement conseillé de connaître très précisément toutes les caractéristiques et les détails de la montre que l’on désire acquérir avant de passer à l’acte. Et peut-être aussi de se poser une simple question de bon sens : quelle valeur peut/devrait avoir un objet, certes élégant et désirable, mais fabriqué industriellement à des milliers d’exemplaires… On peut aussi tenter de sortir des sentiers battus, aller voir ces curieux chronographes qui foisonnent mais qu’on néglige faute de vraiment connaitre le nom sur le cadran, ou d’ignorer à quoi servent tous ces poussoirs… Pourquoi avoir peur d’un monde si riche d’histoire ?

Seiko Automatic Chronograph

Un monde à (re)découvrir

Car indéniablement l’histoire horlogère du 20e siècle est riche. C’est au 20e siècle que la montre est passée de la poche au poignet, qu’elle est devenue étanche, anti-magnétique, automatique, chronométrique et…démocratique. Mais cette histoire n’est toujours pas écrite. Il faut donc, avec un peu de rigueur et surtout beaucoup de patience, se plonger dans la littérature d’époque pour pister les histoires d’entreprise, les présentations de nouveaux modèles, les modifications de raison sociale, les succès aux expositions nationales et internationales, qui ont émaillées les parcours souvent mouvementés des fabricants horlogers célèbres ou oubliés. 

Mathey-Tissot Type 20 chronograph

Et on redécouvre alors que le chronographe-bracelet existait déjà en 1909, que Vénus optait pour un superbe cadran régulateur en 1935, que Bovet inventait la rattrapante pour tous l’année d’après, que Geneva Sport proposait un chronographe pour dames en 1937, que Movado inventait le calibre modulaire avec l’aide des fils de Victorin Piguet en 1938, qu’Angélus mettait la date en série sur ses chronographes avant tout le monde en 1942, que le Navitimer avait bien failli ne pas exister, que Mathey-Tissot fabriquait les plus beaux chronographes type 20, qu’il existait de surprenants chronographes sans poussoir en 1955, qu’on devait le El Primero à Zénith mais aussi à Movado, et que le premier chronographe automatique à affichage digital datait de 1973.  Et ces montres, qui ont de belles histoires à raconter, sont souvent faciles à dénicher et encore abordables. Pour peu qu’on associe l’amour des belles montres à un peu de curiosité.

Joël Pynson et Sébastien Chaulmontet sont les auteurs du livre Chronographes de Collection aux éditions Time To Tell. Le livre est disponible sur le site time2tell.com.

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