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Histoire du Poinçon de Genève: les débuts (1886-1918) – 1ère partie

La fondation du célèbre Poinçon de Genève, une institution majeure de l’industrie suisse des montres de luxe, remonte au milieu des années 1880. Retour sur une histoire méconnue en trois épisodes.

Par Pierre-Yves Donzé
Historien

Le Poinçon de Genève est aujourd’hui une marque institutionnelle garantissant la qualité et la provenance des garde-temps produits dans le canton de Genève. Il contribue au renom des marques établies dans la cité lémanique.

Protéger la qualité ou la provenance?

Au début des années 1880, l’industrie horlogère genevoise est en pleine mutation. A côté des ateliers d’horlogers indépendants qui peinent à survivre apparaissent des grandes entreprises industrielles, ainsi qu’une foule de négociants qui commercialisent des montres de toute nature. Par ailleurs, la concurrence est très vive avec les cantons de Berne et de Neuchâtel, dans lesquels des grandes manufactures comme Longines, Omega et Zénith connaissent une formidable croissance.
 

Georges Favon, fondateur du Poinçon de Genève

Dans ce contexte, le microcosme horloger genevois s’agite. Certains cherchent à maintenir l’emploi ouvrier dans le canton. C’est le cas du député radical Georges Favon, qui déclare au Grand Conseil en octobre 1885 qu’il «faudrait que le poinçon de contrôle existât non pas pour constater la qualité de la montre, mais pour établir que la montre a été fabriquée à Genève par des ouvriers genevois.» D’autres désirent au contraire assurer la haute qualité de la production locale. Ils sont représentés par Charles Chalumeau, lui aussi député radical et associé de la maison d’orfèvrerie Dolive. Ce dernier, soutenu par la Société des horlogers de Genève, demande lors du même débat l’introduction d’une certification destinée «à constater qu’une montre présente bien toutes les qualités d’une pièce exécutée par la fabrique genevoise».
 

Poinçon de Genève

La naissance du Poinçon de Genève

En fin de compte, la loi sur le contrôle facultatif des montres adoptée lors de la séance du 6 novembre 1886 apparaît comme une mesure de compromis. Elle permet aux fabricants qui le désirent de soumettre leurs montres à un «Bureau officiel de l’Etat pour le contrôle facultatif des montres de Genève», établi dans les locaux de l’Ecole d’horlogerie. Ce dernier teste la qualité des montres, vérifie certains critères techniques, qui seront définis par la commission administrative dudit Bureau, et s’assure que la fabrication ait été réalisée à Genève. Les montres ayant subi avec succès ces épreuves obtiennent un poinçon officiel de l’Etat. Cependant, le caractère facultatif de ce contrôle permet également aux fabricants et négociants d’horlogerie établis dans le canton de poursuivre librement leurs activités productives et commerciales.
 

Certificat du Poinçon de Genève

La commission administrative de 13 membres nommée par la Grand Conseil en 1887 comprend aussi bien des députés des diverses tendances politiques que des représentants des milieux horlogers, comme Edouard Sordet, directeur de l’Ecole d’horlogerie. La question de la définition de la «montre de Genève», que le Grand Conseil n’avait pas réussi à régler, est discutée assez intensément dès les premières séances. Les représentants du parti ouvrier insistent sur la question de l’emploi. Cependant, la question qualitative est jugée prioritaire par la grande majorité: une «montre de Genève» n’est pas seulement une montre fabriquée dans le canton, mais surtout une montre qui répond à un certain nombre de critères techniques qui en font un produit de qualité.
 

Logo Poinçon de Genève

L’Arrêté de la commission du Bureau de contrôle officiel des montres spécifie ainsi que «seront poinçonnés: les mouvements de montres qui seront établis d’après les principes théoriques de l’horlogerie et dont la construction sera conforme aux instructions données au contrôleur par la commission» (art. 2) et «le minimum de travail exigé fait par les ouvriers habitant le canton de Genève est établi sur les parties de l’horlogerie suivantes: échappements, plantages, sertissage, repassage, réglage» (art. 3). De même, la commission adopte un règlement d’application qui établit les conditions techniques à remplir pour ces diverses opérations.
 

Cette définition restrictive de la «montre de Genève» pose cependant un certain nombre de problèmes d’application, notamment parce que certains fabricants du canton se voient refuser leurs montres, bien que produites sur place, parce qu’elles sont considérées comme trop simples. L’un des meilleurs exemples est celui de la manufacture d’horlogerie Voland & Cie, établie en ville de Genève, qui se plaint en 1910 à la commission de s’être vue refuser le poinçon à ses montres. Un membre de la commission déclare alors avoir examiné ces pièces et «est d’accord que vu leur qualité ordinaire on ne doit pas les contrôler».

L’usage parcimonieux d’une institution

L’analyse statistique des soumissions de mouvements de montres au Bureau facultatif de contrôle depuis son ouverture en 1887 jusqu’à 1918 permet de quantifier l’importance de cette institution. Elle met parfaitement en lumière le rôle quasiment négligeable que joue ce bureau au sein de l’industrie horlogère locale. En moyenne, seules 475 montres sont soumises par année. Il s’agit d’une proportion extrêmement faible, quasiment négligeable, de l’ensemble de la production genevoise. Le Poinçon de Genève ne répond pas vraiment à un besoin de la part des fabricants. D’ailleurs, seul un faible nombre d’entreprises recourt aux services de cette institution. En 1900, on dénombre certes un total de trente déposants, mais il s’agit pour l’essentiel d’individus et non de fabriques. Parmi eux, 21 soumettent moins de dix montres et seuls deux dépassent les 25 pièces: l’horloger Louis Bachmann (31 montres) et la société Haas & Neveux (198 montres). C’est donc un petit nombre d’individus, d’artisans, qui utilisent les services du Bureau de contrôle.
 

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