Robert Loomes Regency Robin

Les grands terroirs de l’horlogerie - Le Royaume-Uni

La Grande-Bretagne est l’un des grands pays de l’horlogerie et l’industrie horlogère mécanique d’aujourd’hui est largement basée sur des innovations britanniques des 17, 18 et 19ème siècles.

Par Benjamin Teisseire
Contributeur

La Suisse est incontestablement la plus grande nation au monde de la haute horlogerie de nos jours et domine l’industrie depuis près de 150 ans. Toutefois, il n’en a pas toujours été ainsi et d’autres nations y ont laissé leur empreinte depuis le développement de l’industrie au 16ème siècle. 

La suprématie britannique

Le Royaume-Uni a été l’une des plus influentes. Cela a commencé avec Thomas Tompion (1639-1713), Edward Booth et Daniel Quare, considérés come les pères de l’horlogerie anglaise, qui ont présenté la première répétition minute à quart en 1675. Samuel Watson (vers 1650-1740) invente dès 1710 la répétition à cinq minutes. Ensuite George Graham (1673-1751) créa de nouvelles innovations comme la première montre pour mesurer le 16ème de minute vers 1720. L’échappement à ancre, une des plus grandes inventions horlogères, encore largement utilisé dans la plupart des montres mécaniques aujourd’hui, est l’oeuvre de Thomas Mudge (1715-1794) en 1757, tout comme l’équation du temps ou le calendrier perpétuel.

Simon Park - Workshop - 2008

La suprématie maritime britannique aux 18ème et 19ème siècles est largement due aux chronomètres marins de John Harrison qui permirent aux navires anglais de définir précisément leurs longitudes pour sillonner les océans du globe. Cela contribua grandement à l’expansion de l’empire britannique. En 1784, Thomas Earnshaw présenta une nouvelle détente à ressort qui améliora encore la précision des chronomètres de poche et marins, le Graal de tout horloger. En 1800, le Royaume-Uni représentait 200’000 garde-temps, soit 50% de la production mondiale.

Simon Park - Workshop - 2008

La fin d’une ère

Un siècle plus tard, le marché s’était fortement développé et la Grande-Bretagne, avec ses 100’000 montres, a perdu sa position dominante face à la Suisse. Principalement parce qu’elle n’a pas su prendre le virage de la production de masse. La crise du quartz des années 70’ finit de l’achever. Cependant, bien qu’on parle aujourd’hui du renouveau du «made in Britain», très peu de montres sont réellement faites au Royaume-Uni. Voici deux marques qui peuvent se targuer de l’être.

La renaissance d’une tradition? Deux marques en sont le fer de lance

L’horlogerie britannique moderne ne serait pas la même sans feu Georges Daniels, largement reconnu comme l’un des plus grands horlogers de notre temps. Il décida de tout fabriquer lui-même pour créer une montre. Il inventa sa propre méthode et publia un livre pour l’expliciter, la méthode Daniels. Il nous a quitté en 2011 n’ayant produit que quelques douzaines de précieux garde-temps, très recherchés par les collectionneurs avisés (et fortunés!) et les prémices d’un renouveau de la tradition britannique.

RW Smith open dial back

Roger W Smith

Roger W Smith en est le véritable héritier, ayant été son apprenti depuis l’âge de 18 ans.  Il lui fallu 7 ans pour prouver au maître qu’il était digne de suivre son enseignement en fabriquant seul tous les composants de sa première montre bracelet. Il acquit ensuite une renommée internationale personnelle grâce au projet de la Millenium Wristwatch qui dura 3 ans. Il construisit la série de 50 montres basées sur l’échappement co-axial développé par Georges Daniels puis vendu à Omega

RW Smith 40mm Yellow gold

Comment voit-il l’horlogerie britannique aujourd’hui? Pour lui, une montre britannique doit être entièrement faite de composants produits au Royaume-Uni. Elle doit être solide, précise, fiable avec des finitions de mouvement discrètes, dorées et dépolies par exemple, décorée mais sobre. Il voit la crise actuelle de l’industrie horlogère comme le fruit d’avoir voulu transformer cette industrie artisanale en une industrie de la mode où la sur-production devient structurelle car les marques doivent sortir des nouveautés tous les 6 mois… Il estime que l’industrie va devoir retourner à ses bases de fiabilité, d’intemporalité et d’artisanat. Il prône une transparence totale, comme il l’exprime dans sa lettre ouverte à la profession

Robert Loomes

La seconde marque 100% britannique est Robert Loomes. Il a débuté avec un atelier de réparation et de restauration d’horloges et de montres antiques. Puis en 2008, il commence à faire des montres britanniques sur des bases de mouvements étrangers. Mais ses clients le pressent rapidement de faire des garde-temps vraiment 100% «made in Britain».

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Robert Loomes Red Robin

Robert Loomes souhaitait créer des montres solides, fiables et de grande qualité mais qui restent abordables. Investir dans un outil de production de masse à partir de rien se révéla beaucoup trop onéreux. Il trouva donc une solution originale: il acheta tous les anciens mouvements Smith qu’il pu trouver. Smith était une vieille marque britannique créée à la fin des années 30 pour offrir une auto-suffisance à l’horlogerie anglaise, à l’aube de la seconde guerre mondiale. Les mouvements étaient robustes avec de larges échappements et des pivots solides pour assurer la meilleure fiabilité. Il en trouva 100’000 qu’il améliora avec de nouveaux spiraux, de nouveaux ressorts de barillet, des saphirs de haute qualité, des ponts et platines, tous produits au Royaume Uni. 

80% des composants sont faits maison, le reste provient du Royaume-Uni. Robert Loomes a ravivé des savoir-faire clés auprès d’entreprises qui travaillaient autrefois pour l’industrie horlogère mais qui avaient du se diversifier quand l’industrie s’était effondrée. Il produit aujourd’hui des montres 100% britanniques (entre autres), principalement fabriquées à la machine et non des oeuvres d’art faites main comme Roger W Smith ou Georges Daniels. Des montres de qualité excellente, élégantes, traditionnelles et faites pour la vie de tous les jours. 

Le futur

Sommes-nous à l’aube d’un renouveau de l’industrie horlogère britannique? Pas vraiment, mais cela montre au moins que les savoir-faire existent pour la haute horlogerie mécanique et que de magnifiques garde-temps sont produits hors de Suisse. Bien que ces deux marques produisent des montres très différentes, elles s’accordent toutes deux sur deux grands principes pour le futur: la transparence et la localisation par opposition à une globalisation sauvage. De ce point de vue, si l’on prenait en compte uniquement les montres 100% Swiss Made, la suprématie suisse serait beaucoup moins hégémonique… Mais cela est une autre histoire!

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