Tudor Submariners
Vintage & Enchères

Saga Tudor Prince Submariner: la puissance d’une icône

La maison Tudor renoue depuis quelques temps avec son passé en proposant des instruments de mesure du temps inspirés de pièces ayant écrit quelques-unes des plus belles pages de son histoire.

Par Vincent Daveau
Rédacteur France

Black Bay porte en elle tout le patrimoine des montres de plongée robustes et efficaces ayant contribué à la renommée internationale de cette entreprise méritant de voir son potentiel aujourd’hui redécouvert. Fondée le 17 février 1926 avec le dépôt de nom de marque «The Tudor» par la maison horlogère «Veuve de Philippe Hüther» pour le compte d’Hans Wilsdorf, cette entité dont la production véritable ne débuta qu’en 1946 a très vite saisi qu’entre la rose et le bouclier, il fallait trouver un juste milieu pour répondre aux attentes des chevaliers des temps modernes en quête d’un produit à même de leur permettre de pratiquer des activités susceptibles de révéler leur qualités.

Consciente de devoir satisfaireune jeunesse en quête de nouveaux horizons, la maison Tudor lançait en 1954 un modèle qui devait retenir l’attention des jeunes adultes désireux de vivre des aventures à même de leur faire oublier les affres de la guerre.

Chaque modèle entendait occuper un segment bien précis dans la hiérarchie horlogère, et ainsi concurrencer des marques parfaitement identifiées susceptibles de prendre des parts de marché dans ce secteur. Parmi les sports les plus en vogue à l’époque, l’alpinisme était porté par des figures comme le néo-zélandais Sir Edmond Hillary ou le Français Gaston Rébuffat. Les activités nautiques quant à elles étaient magnifiées par Jacques-Yves Cousteau qui, associé à Emile Gagnan, devait permettre à la plongée de faire un grand pas grâce à l’invention du détendeur.

Avoir un atout dans sa manche

Parmi tous les secteurs d’activités pratiqués par la jeunesse, Tudor savait alors avoir un avantage dans la plongée car la marque disposait d’un atout maître: l’expertise de Rolex -la maison mère- en matière d’étanchéité grâce au dépôt, en 1927, du brevet concernant la couronne vissée sur un tube. Le modèle de 1954, référence 7922 possédait donc cette couronne révolutionnaire permettant de garantir l’étanchéité du boîtier à 100 mètres (330 ft). Servie par un calibre mécanique à remontage automatique développé sur une ébauche de calibre de Fleurier vibrant à 18’000 alternances par heure, cette référence arborait en plus d’un verre plexiglas épais, une lunette tournante graduée de 5 en 5, bidirectionnelle à friction, et un bracelet «riveté» (réf. 6636).

Pour info, lors de son lancement, ce modèle ne portait pas encore les fameuses aiguilles appelées «Snowflakes», mais de simples aiguilles bâtons chargées en matière luminescente.

1955 Tudor Oyster Submariner Ref. 7923 1955: Tudor Oyster Submariner Ref. 7923

Premières évolutions de 1957 à 1960

L’année suivante, la marque proposait une variante originale de cette montre. Dotée d’un calibre à remontage manuel et référencée 7923, elle gagnait quelques précieux millimètres. Mais 1957 vit apparaître sur la version référencée 7922, une lunette dotée d’une graduation en minutes sur le premier quart d’heure et d’aiguilles de type «Mercedes.» En 1958, la pièce prit la référence 7924 et la désignation de Tudor Oyster Prince Submariner «Big Crown.» Sa couronne de 8 mm de diamètre était alors associée au même calibre, mais à un boîtier légèrement plus épais de 37 mm de diamètre et, cette fois, étanche à 660 ft, soit environ 200 mètres. Signe distinctif: son verre plexiglas plus épais et surtout plus incurvé pour augmenter sa résistance. L’ensemble efficace et lisible, se portait sur un bracelet en acier riveté.

Quoi qu’il en soit, la montre Tudor Oyster Prince Submariner devait subir un vrai lifting en 1959 et prendre la référence 7928.

Le dessin du modèle devait être modifié pour intégrer un puissant protège couronne dont les excroissances sur le flanc de carrure avaient pour but de protéger la couronne de remontoir d’éventuels chocs pouvant compromettre son étanchéité. A cette date, les cornes étaient anguleuses et carrées et le diamètre de la couronne était rapportée à 6 mm de diamètre tout comme le diamètre du boîtier, passé à 39 mm, devait donner à cette pièce une allure à la fois plus moderne et plus virile. Résistant à une pression égale à celle ressentie par 200 mètres de fond, cette montre embarquait toujours le fameux et aujourd’hui recherché calibre 390. Abouti, le produit proposé par Tudor, ne devait plus connaître de grandes mutations sinon la mise en place d’un protège couronne plus pointu en 1961, puis, en 1963, des inscriptions de cadran non plus dorées, mais argentées, et conserveront encore jusqu’en 1969 le logo formé de la rose Tudor. Au final, c’est en 1964 que les protèges couronne du modèle Prince Submariner de Tudor recevront leur forme définitive jusqu’à l’aube des années 1990.

Tudor Oyster Submariner Ref. 7928 1959: Tudor Oyster Submariner Ref. 7928

1969 l’année des grands bouleversements

L’année 1969 est du XXième siècle celle que l’on retiendra comme ayant été celle des grands changements, car les jeunes générations n’avaient plus le même regard sur le monde suite à la conquête de la Lune.

Cette année-là, la maison Tudor refondait la fameuse Tudor Oyster Prince Submariner. Cette nouvelle montre, référencée 7016, présentait visuellement comme différences d’avec les précédentes versions : un cadran avec des index carrés et un marqueur d’aiguille des heures appelé «Snowflakes.» Toutefois, la vraie mutation demeurait invisible aux yeux des consommateurs, car la pièce renonçait au calibre 390 de Fleurier au profit du calibre ETA 2883. Vibrant à la même vitesse qui était alors de18000 alternances par heure, il trouvait place au cœur du boîtier en acier de 39 mm de diamètre. Conjointement, et pour satisfaire une clientèle exigeante confrontée à une offre déjà pléthorique, Tudor proposait également en 1969 la Tudor Oyster Prince Submariner référence 7021 dont le calibre ETA 2883 était doté d’un guichet de date ouvert à 3 heures et arborait logiquement une glace en plexiglas agrémentée d’une loupe «Cyclope». Impactante, cette nouvelle génération de garde-temps se portait alors sur un bracelet en acier référence 7836.

Les Seventies, l’autre dimension horlogère

L’Oyster Prince Submariner de Tudor devait connaître une évolution avec l’introduction de la référence 9401/0 en 1975.

Cette nouvelle venue se distinguait du reste des séries par son calibre ETA 2776 optimisé, mais également par la présence d’un cadran bleu et d’une lunette réalisée en aluminium traité dans la même teinte. Ce produit devait rapidement devenir emblématique en France à partir de 1975, car Tudor était la marque qu’avait retenue le Ministère de la Marine Nationale française pour équiper ses troupes de nageurs de combats.La référence 9401/0 était disponiblesur deux bracelets différents. Le premier portait la référence 7836/0 et se fermait classiquement. L’autre, portant la référence 9315/0, recevait le fermoir Fliplock avec extension de bracelet permettant de placer la montre par-dessus une combinaison de plongée. Idéale sur le terrain et appréciée des militaires, elle arborait les mêmes aiguilles à bouts carrés que celles proposées dans la version de 1969.

1976 Tudor Oyster Prince Submariner 9401 1976: Tudor Oyster Prince Submariner Ref. 9401

Sous le signe de l’évolution

Parfaite dans ses lignes, la Tudor Oyster Prince Sumbariner ne connaît alors plus de modifications notables avant 1989, date de l’apparition de la référence 79090 et de la disparition des modèles sans date. Cette montre était alors proposée avec cadran et lunette noire ou bleue, avec un boîtier de 39 mm de diamètre en acier, classiquement étanche à 200 mètre.

Elle se portait sur un bracelet en acier 9315/0 avec fermoir Fliplock. Toutefois comme tout doit évoluer pour suivre la demande du marché, Tudor sortait  en 1995 une version Prince Date Submariner portant la référence 79190. Son boîtier, étanche à 200 mètres, demeurait visuellement inchangé, mais recevait une glace saphir ornée de la fameuse loupe «Cyclope» et un bracelet de type Oyster siglé Tudor. Efficace et appréciée, le modèle ne variera plus jusqu’à l’arrêt de sa production.

L’héritage d’une longue lignée d’icônes

Le modèle Héritage Black Bay, lancé en 2012 par Tudor, entend bien profiter de l’aura de la référence du passé. Ainsi, la Black Bay, avec ses codes esthétiques retravaillés pour offrir au produit d’avoir sa propre identité conserve tout de même assez de ressemblance avec les modèles historiques pour titiller l’imaginaire. Preuve que le modèle s’est parfaitement imposé sur le marché, il a remporté le prix du meilleur produit «revival» au célèbre Grand Prix d’Horlogerie de la ville de Genève (2013). Cela a conforté la marque à présenter une nouvelle version pour 2014, d’une lunette tournante unidirectionnelle de couleur bleue. Cette version toujours indirectement associée à la Submariner, fait un pas de plus en direction des amateurs de pièces «vintage» puisqu’elle fait encore plus nettement référence à la fameuse Tudor Oyster Prince Submariner dont elle est d’ailleurs présentée comme l’héritière.

1995 Tudor Prince Date Submariner 79190 1995: Tudor Prince Date Submariner Ref. 79190

Ce modèle s’impose aujourd’hui presque comme un concentré d’histoire d’autant plus puissant que la nouveauté conserve de l’originale «Submariner Tudor», l’allure générale, le dessin de cadran et la glace bombée, mais aussi les aiguilles des versions martiales. On notera tout de même que le boîtier d’aujourd’hui, proposé en acier fait 41 mm de diamètre (contre 39 mm pour la plupart des versions) et adopte des lignes résolument contemporaines. Etanche à 200 mètres, la pièce demeure pilotée par un calibre automatique ETA (comme les Oyster Prince Submariner dès 1969) robuste cœur de facture suisse, et se porte sur un bracelet en acier, en cuir vieilli ou sur un bracelet en toile fourni dans l’écrin lors de l’achat.

Militaria

Appréciée des forces navales américaines (USN) et de la Marine Nationale française (M.N), mais également d’autres organisations militaires de par le monde, La Tudor Oyster Prince Submarine, considérée comme robuste, accessible en prix et étanche, avait tout pour obtenir de finir au poignet de militaires. Fascinantes en raison de la légende qui leur est associée, ces pièces ont attiré un grand nombre de collectionneurs.

1981 Tudor Oyster Prince Submariner Ref. 94010 1981: Tudor Oyster Prince Submariner Ref. 94010

On notera donc que des Tudor Oyster Prince Submariner référence 7928 on été employées par l’US Navy dès le début des années 60 et que la Marine Nationale a commencé à utiliser des montres de plongée Tudor à partir de la fin des années 50 et jusqu’aux années 90. Jusqu’aux premières références 7016, les lunettes sont noires puis les suivantes, référencées 9401, sont à lunette bleue et cadran dans la même teinte. Attention, les gravures militaires originales doivent avoir un «point» après chacune des deux lettres M.N. (sauf pour les exemplaires distribués en 1978) et ces lettres doivent être suivies du chiffre correspondant à l’année d’introduction (dans le prolongement ou dessous en fonction des années)… Exemple: M.N.77

Les Origines des Montres TUDOR par Ross Povey

Par Ross PoveyCollectionneur Expert Tudor
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