Longines Avigation A-7

Longines A-7 et Military 1938, un duel de haut vol

Au cours de son histoire, l’horlogerie mécanique moderne a vécu deux périodes particulièrement fécondes en innovations.

Par Malik Bahri

D’une part, le tournant du XIXème siècle, où l’horlogerie mécanique moderne s’est inventée, entre Breguet, Lépine et Janvier. Cette période est marquée par la Révolution française, l’aventure napoléonienne et les premières conquêtes coloniales des Britanniques. Pour accompagner la marche des armées et surtout des forces navales, les fondateurs de l’horlogerie moderne ont repoussé les standards de la précision, en particulier au travers des chronomètres de marine.

Longines Avigation Type A-7 back to the past

D’autre part, la première et la seconde Guerre mondiales ont propulsé l’industrialisation de l’horlogerie. Jusqu’au début du XXème siècle, l’horlogerie était plutôt un produit de luxe… Mais la première guerre mondiale va permettre l’émergence de la miniaturisation et de l’industrialisation. Pour mieux coordonner les assauts et utiliser l’artillerie (alors en pleine expansion) de manière plus efficace, il faut que tous les sous-officiers, voire les simples soldats, soient équipés de montres. On adopte alors les montres bracelet, jusqu‘alors réservées aux femmes. La durée et le coût de la guerre engendrent la miniaturisation et l’industrialisation.

Par ailleurs, l’horlogerie militaire consacre un nouveau style: la montre au cadran noir, avec des index radiums et des boitiers ronds sans fioritures. On retrouve deux grandes familles:

Longines Avigation Type A-7 vintage

Les petites montres, d’un diamètre voisin de 37mm, en général pourvues de trois aiguilles ; elles se trouvaient dans le package de base des soldats de la WW2, alliés ou de l’Axe.

Quelquefois, pour l’artillerie ou l’aviation, elles subissaient des modifications esthétiques ou au niveau des mouvements. Mais en général à l’époque, on optait pour des boitiers de la seconde catégorie, donc XL, soit pour des raisons de lisibilité (B-Uhr, Panerai), ou parce qu’à cette période les petits calibres de chronographes (notamment à rattrapante) n’étaient pas aussi courants et fiables.

La Longines Avigation Type A-7

Typiquement, la nouvelle Longines A7 est une parfaite représentante de cette dernière catégorie. Elle combine en effet un boitier de 49mm et, du moins dans sa version vintage, un grand calibre.

Longines Avigation Type A-7

La A7 est en fait le nom militaire de la montre, donné par les responsables de l’US Air Force du début des années 30.
Elle équipait les navigateurs (notamment ceux des bombardiers B-17 « Flying fortress») et portait la mention «Avigation» sur le caseback.  Elle a été décommissionnée en 1943 au profit de la plus petite A-11.
 

Le cahier des charges est conditionné par les besoins des pilotes des années 30, mais aussi par le style des montres américaines de cette période. De manière amusante, trois fabricants suisses vont remporter l’appel d’offre (Gallet, Meylan et Longines). C’est ironique, car à cette époque les horlogers suisses et américains se livraient une guerre commerciale intense. Un peu comme l’Airbus A400m qui a récemment remporté le marché des ravitailleurs aux Etats-Unis.

Longines Avigation Type A-7 back to the past
La montre se présente de la manière suivante : un chronographe mono-poussoir de 49mm en acier poli, doté d’anses presque droites, cadran noir, chiffres arabes « Breguet », mais surtout une disposition originale, avec un cadran qui a fait une rotation de 45°.

Comme souvent avec les montres de pilote, elle était portée dans des positions exotiques, ce qui explique que la couronne soit placée à 2h. Ainsi, elle pouvait être portée à l’intérieur du poignet ou sur la cuisse.

Autant le dire clairement, il faut un temps d’adaptation pour lire l’heure, d’autant que les aiguilles se démarquent peu des grands index. D’ailleurs, la finition des aiguilles est pour le moins inhabituelle : elles semblent galvanisées, avec un rendu final particulièrement mat. C’est original mais finalement bienvenu, car ça renforce l’aspect toolwatch/militaire de la montre.

D’une manière générale, c’est une montre surprenante. Tout d’abord, malgré les 49mm annoncés, elle taille plus 46-47mm au poignet ; cela est dû aux flancs bombés (possesseurs de Panerai 47mm, vous ne serez pas dépaysés).

Longines Avigation Type A-7 au poignet

Mais elle se pose de manière originale sur le bras : les cornes ne descendent pas assez bas et on se surprend presque à regretter de ne pas la porter par-dessus son blouson de bombardier.

En retournant la montre, on constate une épaisseur supplémentaire qui découvre un fond officier, qui permet d’observer le calibre 7750 modifié avec une roue à colonne. Ce 7750, cadencé à 28800 pour 56h de rdm, est désigné L788.2 chez Longines.

Au-delà de sa roue à colonne, sa grande spécificité est d’être mono-poussoir. Pour de plus amples informations sur le 7750, je vous inviterai à consulter la fiche Wikipédia rédigée par mes soins.

Ensuite, la lecture de l’heure n’est pas facilitée par la position du cadran. De plus, l’absence de Luminova limite la lisibilité dans la pénombre.

Je sens poindre une question: mais quel est l’intérêt de cette montre?

La grande qualité de cette montre est que c’est une pièce authentique, Longines n’a pas cherché à faire une montre politiquement correcte ou «facile». C’est une reproduction très fidèle de l’équivalent US des B-Uhr, pour moins de 5000Chf : une authentique montre militaire ayant servi dans le conflit majeur. Ce n’est donc, pas une pure opération marketing cette A-7, ce n’est pas de la fausse histoire d’aviation fabriquée de toutes pièces, c’est la reproduction quasi-identique d’une pièce, ô combien légitime.

Longines Avigation Type A-7 héberge le Calibre 7750

Et c’est justement parce que ce n’est pas une montre « facile » que c’est une grande montre. Voire une pièce exceptionnelle. Il faut d’ailleurs saluer Longines, qui a réalisé une néo-vintage presque sans concessions (la date est en trop) tout en conservant un niveau de finition très correct (le noir et les index du cadran sont beaux), pour un prix contenu.

De surcroît, la A-7 pousse à s’interroger sur le sens d’une collection horlogère et sur le sens plus général de la passion horlogère. Est-ce que la passion horlogère, c’est acheter des montres à cadran opalin de 40mm (typique du marché chinois) ? Ou bien est-ce opter pour des instruments totalement décalés, porteurs de la flamme d’une époque ? En bref, voulez-vous un bel objet, marqueur de réussite sociale, ou voulez-vous porter l’aventure au poignet ?

Dans la seconde option, cette réédition de la Longines A-7 est un must-have, vous avez une pièce qui porte une histoire plus forte que les B-Uhr (l’aviation militaire Américaine était déjà une première mondiale dans les années 40) et qui est radicale dans quasiment tous ses aspects, grâce à un très grand respect du modèle historique. Le tout pour la modique somme de 4850Chf.

Longines Heritage Military 1938

L’autre montre de ce sujet, c’est la Heritage Military 1938

L’inspiration de l’Heritage 1938 Military n’est pas clairement énoncée par Longines… Elle s’inspire des montres génériques de petite taille largement diffusée dans la troupe. C’est le prototype de la montre fonctionnelle de soldat.

Donc, cette Military 1938 trois aiguilles est une montre simple de 40mm de diamètre, boitier acier et bien sûr cadran noir et index en chiffres arabes blanc, toujours pour un maximum de contraste ; à noter de superbes aiguilles glaives, que l’on ne voit pas assez dans l’horlogerie récente.

Contrairement à la A-7, elle est pourvue de Luminova, ce qui lui garantit une polyvalence optimale. Comme la réédition de la A-7 et contrairement à leurs ainées, ces montres sont pourvues de calibres automatiques.

Longines Heritage Military 1938

La military 1938 est animé par un ETA 2892 revu par Longines, ici appelé L.619/2, cadencé à 28800 a/h pour 42h de rdm.

Comme la A-7, elle est pourvue de la date à 6h et comme la A-7, ce n’est pas très historique. L’hommage cède la place à l’aspect pratique, dommage.

Au poignet, elle se pose très facilement, on lit l’heure en clin d’œil. Son look sobre s’adapte à toutes les tenues et à toutes les situations. D’ailleurs, seul un féru d’horlogerie reconnaîtra une montre militaire.

Longines Heritage Military 1938

C’est tout l’inverse de la A-7, au quotidien elle est très facile à vivre ; revers de la médaille, elle ne possède pas le charme ravageur de la A-7.

Comme toujours chez Longines, son prix aussi est contenu, 1250Chf. A ce niveau de prix, elle se retrouve directement en concurrence avec les montres « Pilot » produites en Allemagne.

Mais vous avez ici une montre légitime, polyvalente, avec l’un des plus grands noms de l’histoire de l’horlogerie sur le cadran.

Avec la A-7 et les déclinaisons de la Military 1938, Longines présente à Baselworld 2012 puis à Baselworld 2013 un doublé qui reproduit  fidèlement, deux montres très différentes sur le plan fonctionnel, mais unies dans l’histoire, dans des prix contenus qui les rendent accessibles à un maximum de passionnés.

Qui aujourd’hui, à part Longines, possède l’histoire, la capacité industrielle et la créativité nécessaires pour réaliser cet exploit?

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