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Jean-Daniel Pasche, avant le SIHH, interview début 2016

Quoi de plus naturel que de donner la parole en ce début 2016 à l’autorité suprême de l’horlogerie, à la voix corporatiste la plus représentative du secteur? Le président de la Fédération Horlogère répond sans tabou.

Par Joel Grandjean
Rédacteur en Chef

Ces quatre dernières années, selon la Convention Patronale, 10’000 emplois ont été créés, portant à environ 60’000 le nombre de postes au sein du secteur horloger en Suisse. La progression est phénoménale. Du côté des exportations, et la comparaison par rapport au bilan 2014 ne porte à l’heure de ces lignes que sur les 10 premiers mois de 2015, la baisse taquine les 3,2%.

Raisonnablement, l’espoir est permis

D’habitude, le score des mauvais élèves est toujours dilué dans la masse des performances des bons, ce qui fait que la moyenne se rit des contextes géopolitiques dont les hauts compensent les bas au fur et à mesure que se résolvent ou se déplacent les problèmes du monde. Pour 2015, les cancres sont le marché de Hong Kong dont la baisse flirte avec les presque 39% ainsi que les Etats-Unis qui, en accusant un moins 12.2% pour le mois d’octobre 2015, déçoivent clairement. Quant à la France, ses mauvais résultats à moins 7.1 % en octobre 2015 passent presque inaperçus puisque l’Europe demeure une terre de promesses avec son augmentation de plus de 3%.

Pas question donc de céder au découragement à la veille de la wonder week, le SIHH - Salon International de la Haute Horlogerie, surtout si l’on s’amuse à replacer ces données issues de l’Administration fédérale des douanes dans un contexte de moyen terme. En effet, depuis l’an 2000 soit l’entrée dans le troisième millénaire, les exportations horlogères sont passées de 10.22 milliards de francs suisses à plus de 22 milliards en 2014.

Hyper président discret mais déterminé

Expert en propriété intellectuelle, Jean-Daniel Pasche sera comme toujours présent aux prochaines inaugurations du secteur. La branche horlogère, dans tous ses états, s’est désormais habituée à le recevoir, à lui permettre d’exprimer, toujours avec chaleur, les vues de sa Fédération. Il est partout et si sa simplicité est avenante, sa détermination ne faiblit jamais. Son combat est louable puisqu’il défend les intérêts de toute entité, membres ou non-membres, active dans cette industrie qui continue de représenter l’un des plus importants piliers économiques de la Suisse.

Ici ou là, des voix se plaignent de la situation des affaires. Qu’en est-il réellement?

La hausse des exportations s’est poursuivie jusqu’à fin 2014 pour en faire la meilleure année de l’histoire horlogère suisse avec un montant total de CHF 22,3 milliards de francs. L’abandon par la Banque nationale suisse du taux plancher du franc par rapport à l’euro le 15 janvier 2015 pèse sur la marche des affaires horlogères de même que la baisse de la consommation en Chine, à Hong Kong et en Russie. Il en résulte une baisse des exportations de quelques pour-cents pour 2015.

Qui sont ceux qui trinquent aujourd’hui?

Au-delà d’un résultat qui reste relativement bon, compte tenu de la conjoncture et des bases de comparaisons, la situation est très différente d’une entreprise à l’autre. Des entreprises vont bien d’autres vont mal. Plusieurs acteurs horlogers  recourent au chômage partiel voire procèdent à des licenciements. La situation est plus difficile en général pour les sous-traitants.

Et demain, qu’en sera-t-il?

Nous savons que notre branche est soumise aux aléas conjoncturels. Je reste néanmoins confiant dans l’avenir de l’horlogerie suisse, sachant les potentiels de développement qui subsistent.

Où en sommes-nous du côté de votre grand chantier swiss made et swissness?

Le Parlement avait accepté le projet Swissnessen juin 2013 et le Conseil fédéral, le 2 septembre 2015, a fixé l’entrée en vigueur de Swissnessau 1er janvier 2017 avec un délai transitoire de deux ans, soit à fin 2018. Cela signifie que le taux minimum de valeur suisse de 60% entre en vigueur à ces dates. Actuellement se déroule la procédure de consultation concernant la révision de l’ordonnance réglant l’utilisation du nom suisse pour les montres. Sans surprise, le taux de 60% va être introduit dans cette ordonnance pour des raisons de cohérence. En plus, ce projet de révision veut introduire l’exigence selon laquelle le développement technique de la montre et du mouvement doit être effectué en Suisse. Le Conseil fédéral devrait adopter cette révision au printemps 2016. Nous nous trouvons donc dans la dernière ligne droite du projet, projet qui a débuté en 2007 déjà.

Jean-Daniel Pasche Jean-Daniel Pasche

L’exception horlogère est-elle perçue comme telle par ceux qui nous gouvernent? Peut-elle être comparée à d’autres secteurs? Qu’a-t-elle de plus, de moins?

Les autorités sont sensibles aux intérêts de l’horlogerie. Même si celle-ci est relativement modeste en termes de chiffres au niveau mondial (60'000 emplois et 22,3 milliards de francs à l’export), elle bénéficie d’une réputation sans commune mesure eu égard à sa grandeur justement. Elle confère à la Suisse une image de marque reconnue mondialement. Les marques suisses sont visibles partout et nos autorités en sont fières aussi. C’est le seul secteur industriel pour lequel la Suisse occupe le leadership mondial.  Ce qui caractérise la branche, c’est ce mélange de tradition et d’innovation ainsi que de technique et d’esthétisme. Même si les autorités prennent en compte les intérêts de l’horlogerie, celle-ci n’est pas privilégiée pour autant par rapport aux autres secteurs, elle doit se battre pour défendre ses intérêts.

On entend plus trop parler ces derniers temps de contrefaçon? Auriez-vous baissé la garde?

La contrefaçon reste un sujet prioritaire pour la FH et elle continue d’être très active dans le monde entier. Dans notre traque des annonces de copies sur Internet, nous avons fait stopper plus de 500’000 annonces depuis le début de l’année. Les douanes suisses ont saisis des centaines de fausses montres dans le cadre de leur contrôles en 2015. Nous avons fait saisir des centaines de milliers de copies en Chine, en Arabie Saoudite, en Espagne, à Dubai, au Maroc, en Turquie, en Russie, etc. Nous organisons régulièrement des séminaires de formation pour les autorités locales comme les douanes et la police, par exemple en France, aux USA et à Dubai.

Peut-on être membre de la Fédération horlogère suisse sans être une marque?

La FH compte environ 500 membres dont un peu moins de la moitié sont des marques qui vendent des montres terminées et dont le reste sont des sous-traitants ou d’autres organisations horlogères.

Quels sont les avantages pour une marque horlogère à devenir membre de la FH. Peut-elle exister sans en faire partie?

Une marque suisse peut exister sans faire partie de la FH, à condition que la FH existe parce que d’autres marques en font partie. Toute marque établie en Suisse profite de la FH, qu’elle soit membre ou pas. (Ndlr: lire l’encadré sur les rôles de la FH). Les entreprises sont membres, car elles estiment utiles de soutenir une instance qui défend des intérêts collectifs de la branche. Alors qu’elles sont directement touchées, ces entreprises ne peuvent pas défendre seules ou ne peuvent le faire que plus difficilement.

www.fhs.ch

http://www.fhs.ch/fre/statistics.html

Principaux rôles de la FH

Le premier rôle de la FH est de défendre les intérêts collectifs de la branche et elle est la seule à le faire dans son domaine. Quelques exemples:

  • s’assurer que les règles d’origine prévues dans les accords de libre-échange (Chine, Japon, Corée du Sud, Hong Kong, Mexique, UE, etc.) soient compatibles avec les besoins de l’horlogerie suisse et obtenir une baisse des taxes dans lesdits pays,
  • établir les normes techniques de l’industrie horlogère suisse (NIHS) ainsi que les normes ISO concernant l’horlogerie et réagir aux projets de normes proposés par nos concurrents (Japon, Chine, UE),
  • intervenir face au projet de révision de la loi sur les cartels pour préserver les accords de distribution,
  • obtenir des exceptions face à des règles européennes qui veulent interdire ou limiter l’usage de substances indispensables à l’horlogerie,
  • faciliter les exportations de montres en métaux précieux en Russie (accord de réciprocité),
  • intervenir contre les abus en matière de label Swiss made et mener la révision législative pour renforcer la protection du label en Suisse et dans le monde,
  • délivrer des statistiques horlogères,
  • faire entendre la voix de l’horlogerie dans les sujets de politique économique suisse (relations avec l’Europe, énergie, commerce extérieur, politique fiscale),
  • intervenir dès qu’un obstacle se dresse sur le chemin des montres suisses.

Exemples d’avantages réservés aux membres

  • avis de droit et renseignements juridiques sur les sujets spécifiques horlogers, examen de contrats de distribution par exemple,
  • information directe sur tout changement législatif dans le monde susceptible d’affecter l’activité horlogère,
  • accès directe à l’information sur les marchés en terme de taxes, de règles particulières,
  • accès à une base de données très fouillées sur les statistiques horlogères suisses,
  • problème avec les autorités douanières,
  • lutte contre les copies de modèles.