Vintagemania – Iconeek: « Aujourd’hui, tout se vend »

Vintagemania – Iconeek: « Aujourd’hui, tout se vend »

Entretien avec Vanessa et Fabien Chicha, fondateurs d’iconeek

Iconeek, c’est à la fois un site, fort bien fourni, et un discret lieu situé à Genève, spécialisé en montres vintage et montres modernes. Europa Stara rencontré ses deux fondateurs, Vanessa Chicha, ancienne responsable de plusieurs boutiques de marques horlogères de haut de gamme (notamment Zenith, Omega, Jaquet Droz et Benoit de Gorski) et Fabien Chicha (horloger, expert et consultant qui a notamment travaillé auprès de Christie’s et d’Antiquorum et est expert auprès de l’Hôtel des Ventes de Monaco ainsi qu’auprès du Tribunal de première instance de Genève).

Fabien & Vanessa Chicha

Iconeek a été tout récemment fondée, en 2014, et semble avoir rapidement occupé une place importante dans le commerce de montres vintage et modernes…

C’est sans doute parce que nous apportons quelque chose qui n’existait pas vraiment et qui se situe entre le marchand traditionnel et la maison de ventes. Notre double formation, à la fois commerciale et dans le champ de l’expertise horlogère nous permet d’aller dans la profondeur. Pour chaque montre, nous procédons à une expertise, à une analyse poussée de son état et de son histoire avant de proposer une estimation définitive et de garantir au vendeur un prix de réserve minimum. Chaque montre est minutieusement décrite, révisée si c’est nécessaire, nettoyée, photographiée puis publiée sur notre site et relayée à travers les réseaux sociaux (qui regroupent des clients potentiels dans le monde entier).

Rolex

Le marché des montres vintage a considérablement évolué. Comment se distinguer ?

Notre idée est d’apporter des solutions innovantes. Dans les années 60 et 70, le marché était aux mains des marchands classiques. Puis dès 1974, avec la création d’Antiquorum par Osvaldo Patrizzi, il est passé aux maisons de ventes car tout le monde a copié Patrizzi. Enfin, avec internet, sont apparues les ventes on-line, les sites d’annonces ainsi que les forums spécialisés qui ont contribué à une large diffusion de l’information. L’acte de vente s’est peu à peu dématérialisé. Iconeek cherche à apporter le meilleur des deux mondes : la qualité d’expertise d’une maison de ventes et la mise à disposition immédiate d’un marchand traditionnel. Mais une grosse différence d’avec les maisons de ventes est que nous ne prenons une commission que sur le prix final (15%).

Omega

D’où proviennent les montres que vous vendez ?

Nous ne prenons que des montres en consignation et ce dans une transparence totale, l’historique de chaque pièce pouvant être parfaitement retracé. Et nous ne vendons rien qui ne soit au préalable publié sur notre site. Il nous arrive ainsi de refuser des montres si, après recherches, tout ne semble pas prouvé et justifié ou si nous soupçonnons quelque chose de suspect. Nous travaillons directement avec nos clients, sans passer par l’intermédiaire de marchands et nous demandons une exclusivité de vente pour trois mois minimum. Par rapport à notre commission, nous offrons un vrai service VIP. Toute notre loyauté va au client et nous lui offrons un service de conciergerie, faisons des recherches pour des demandes particulières, faisons office de conseil et de gestion de collections de façon à les aider à constituer la collection la plus « intelligente » possible. En une année d’exercice, nous avons vendu plus de 300 montres et n’avons que très peu d’invendus.

Panerai Luminor

A quoi attribuez-vous cette vogue du vintage ?

Elle est issue de nombreux facteurs mélangés. Le vintage rassure, c’est évident. Il rappelle « le bon vieux temps ». Il y a un effet de mode qui se propage – d’ailleurs, nous allons ouvrir un nouveau département pour les sacs vintage -  mais aussi une réaction par rapport au prix du neuf. Souvent, le vintage est aussi perçu comme un placement. Et puis, disons-le, il y a aussi une forme de snobisme déguisé : une montre vintage sort de l’ordinaire, elle vous distingue, vous donne une « culture ». En ce moment, l’inspiration vintage est partout. Regardez ce qui s’est montré à Baselworld cette année, essentiellement des pièces inspirées du passé.

Girard-Perregaux

Y voyez-vous le risque d’une bulle qui, un jour ou l’autre, se dégonflera ?

Comme dans la mode, certains objets sont surcotés, c’est évident, et font l’objet d’une véritable surenchère. On peut ainsi parler de bulle spéculative, mais circonscrite à des modèles bien précis, que tout le monde a en tête. Dans les ventes aux enchères, les gros résultats sont le fait de pièces déjà très chères à l’achat initial. La provenance d’une pièce compte aussi pour beaucoup et son état de conservation est primordial – on peut passer de 1 à 10 selon cet état. Compte aussi l’environnement de la pièce, les papiers qui l’accompagnent, son packaging original…

Hublot

Vous arrive-t-il de tomber sur de fausses vintage ?

Bien-sûr. Dans les années 1970-1980 on allait chez l’horloger pour faire rafraîchir le cadran, changer les aiguilles, la couronne, etc… Et puis une cote a commencé à s’établir et les éléments remplacés sur une montre ont joué sur cette cote. Dès lors, les gens n’ont plus osé toucher à leur montre, la laissant dans son jus. Mais de nombreuses montres ont subi des transformations, les montres Frankenstein, comme on les appelle. Ceci dit, globalement, les faussaires ne sont pas très brillants. Pour faire un bon faux vintage, il faut déjà avoir examiné vingt bonnes montres. Mais parfois, il y a doute et, dans ce cas, il nous arrive de nous réunir à plusieurs experts pour décider s’il y a faux ou non.

On a eu des cas « intéressants », par exemple un chrono Rolex Killy en acier qui, après profond examen, s’est avéré être un Frankenstein.

Patek Philippe

Quelle est la gamme de vos prix ?

Nous avons certes des pièces exceptionnelles mais à partir d’un certain niveau, il n’y a pas tant d’acheteurs que ça ou ils sont connus et répertoriés. Il nous arrive ainsi de confier des pièces d’exception à des maisons de ventes pour nos clients. Mais en-dessous de CHF 1'000.- à CHF 2'000.-, ça se vend tout seul, si on ose dire. La question de la confiance est primordiale dans la bonne marche des affaires car, les prix pouvant varier de 1 à 10, on achète autant l’objet que le vendeur. A nouveau, le fait que nous ne prenons les montres qu’en consignation est rassurant car, si on l’achetait, on pourrait le transformer, refaire son cadran, par exemple. Mais là, impossible car on n’oserait rendre une montre transformée à son propriétaire. Encore une fois, la transparence est de mise.

Rolex

Autre aspect fondamental : l’éducation du public. C’est très important pour une double raison : si on tient à construire un véritable marché du vintage, codifié et régulé avec des cotes fiables, des prix justifiés, ça passe avant tout par l’éducation du public. Et puis, une fois éduqué, le client consentira à payer plus pour l’objet qu’il recherche en toute connaissance de cause.

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